Taux de change et compétitivité : un enjeu stratégique pour l’économie allemandes

Taux de change : second pilier de la politique monétaire de la BCE

Le deuxième pilier de la BCE : assurer un euro fort par le taux de change

La Banque centrale européenne (BCE) ne se limite pas à la gestion des taux d’intérêt. Un autre axe fondamental de sa mission est de veiller à la stabilité de l’euro sur le marché des changes, c’est-à-dire par rapport aux autres monnaies. Cette action vise à préserver la crédibilité et la compétitivité de l’euro dans les échanges internationaux.

I. Le taux de change : définition et rôle

Le taux de change représente la valeur de l’euro par rapport aux autres devises. La BCE suit attentivement ces taux et peut intervenir sur les marchés des changes en utilisant ses réserves de devises étrangères. Son objectif est de garantir que l’euro reste une monnaie stable et adaptée aux réalités économiques mondiales.

1. Change fixe versus change flottant : deux régimes monétaires

Il existe deux grands systèmes pour déterminer la valeur d’une monnaie : le change flottant et le change fixe.

Dans un régime de change flottant, la valeur de la monnaie est déterminée librement par le marché, c’est-à-dire par l’offre et la demande sur le marché des devises. Cette valeur peut s’apprécier ou se déprécier selon les flux commerciaux, les investissements, les taux d’intérêt et la confiance des acteurs économiques. Ce système est aujourd’hui le plus répandu. L’euro, le dollar, le yen et la plupart des grandes monnaies évoluent ainsi.

Dans un régime de change fixe, la banque centrale fixe une parité entre sa monnaie et une autre devise, par exemple un taux de change précis entre la couronne danoise et l’euro. Elle s’engage à maintenir cette parité en intervenant régulièrement sur le marché des changes pour acheter ou vendre sa propre monnaie. Ce système offre une certaine stabilité, mais il est coûteux et difficile à maintenir, en particulier lors de crises économiques ou de mouvements massifs de capitaux.

2. Vocabulaire utile pour comprendre les variations monétaires

Il est important de distinguer les termes utilisés selon le régime de change. Dans un régime flottant, c’est le marché qui détermine la valeur de la monnaie. On parle alors d’appréciation lorsque la monnaie gagne en valeur, et de dépréciation lorsqu’elle en perd. En revanche, dans un régime fixe, la banque centrale ajuste volontairement la parité. On parle alors de réévaluation lorsque la monnaie est revalorisée, et de dévaluation lorsqu’elle est dévalorisée.

3. Pourquoi le change fixe est difficile à tenir ?

Imaginons qu’un pays comme le Mexique décide de fixer sa monnaie au taux de change de l’euro. Pour maintenir cette parité, la banque centrale doit être prête à intervenir à tout moment sur le marché des changes. Si les investisseurs perdent confiance et vendent massivement la monnaie nationale, sa valeur baisse. Pour éviter que ce taux chute, la banque centrale doit acheter sa propre monnaie en utilisant ses réserves de devises étrangères. Ces réserves sont limitées. Une fois épuisées, la banque centrale ne peut plus défendre le taux de change et la monnaie est dévaluée. Plusieurs pays d’Amérique latine ont connu ce type de crise dans les années 1980. C’est pourquoi la plupart des pays ont adopté le régime de change flottant.

4. Les avantages et inconvénients d’une monnaie forte

Une monnaie forte présente plusieurs avantages. Elle permet de réduire le coût des importations, ce qui limite la hausse des prix pour les consommateurs et contribue à contenir l’inflation. Elle renforce aussi le pouvoir d’achat à l’étranger, facilitant les voyages et les investissements internationaux des particuliers et des entreprises.

Exemple 1 : Une entreprise européenne importe des smartphones fabriqués aux États-Unis. Si 1 euro vaut 1,20 dollars, un smartphone coûtant 1000 dollars aux États-Unis coûtera à l’entreprise européenne 833,33 euros (1000 / 1,20). Si l’euro s’affaiblit et que 1 euro vaut désormais 1,10 dollars, ce même smartphone coûtera 909,09 euros (1000 / 1,10). 

La monnaie forte a permis à l’entreprise d’acheter le produit moins cher. Ce coût d’importation plus faible peut être répercuté sur le prix de vente final du smartphone en Europe, ce qui limite la hausse des prix pour les consommateurs et contribue à maintenir une inflation faible.

Exemple 2 : En supposant un taux de change de 1 CHF = 1,06 EUR, le touriste change 1 000 CHF et reçoit 1 060 EUR. Il utilise cet argent pour ses dépenses de voyage. Si le franc suisse s’affaiblit et que 1 CHF ne vaut plus que 1,02 EUR, le même montant de 1 000 CHF ne lui donnera que 1 020 EUR.

Grâce à sa monnaie forte, le touriste suisse a un plus grand pouvoir d’achat en Europe. Ses 1 000 CHF initiaux lui permettent de dépenser plus sur place pour l’hébergement, la nourriture ou les activités, car chaque franc suisse échangé lui rapporte plus d’euros.

Cependant, une monnaie forte peut aussi pénaliser les exportations en rendant les produits plus chers sur les marchés étrangers, ce qui peut peser sur la compétitivité des entreprises et ralentir la croissance économique.

Exemple : Une entreprise allemande fabrique des voitures et les vend sur le marché américain. Le prix de vente d’un modèle en Europe est de 40 000 euros.

  • Avec un euro faible (1 € = 1,10 $), le prix de la voiture pour un acheteur américain est de 44 000 $ (40 000 € x 1,10).
  • Avec un euro fort (1 € = 1,30 $), le prix de la même voiture pour l’acheteur américain grimpe à 52 000 $ (40 000 € x 1,30).

Impact : La monnaie forte a rendu la voiture allemande 8 000 $ plus chère pour les Américains. Face à des concurrents japonais ou coréens dont les monnaies sont moins fortes, le constructeur allemand perd en compétitivité, ses ventes peuvent chuter, et il est contraint soit de baisser ses prix (ce qui réduit sa marge), soit de perdre des parts de marché.

II. Le cas particulier de la Suisse : quand l’argent ne coûte presque rien

La Suisse illustre parfaitement une politique monétaire très accommodante avec des taux d’intérêt proches de zéro, voire négatifs, depuis plusieurs années. Cette situation signifie que la Banque nationale suisse (BNS) prête de l’argent aux banques commerciales à un coût extrêmement faible, ce qui se traduit par des crédits peu coûteux pour les ménages et les entreprises. Concrètement, emprunter de l’argent pour acheter un bien immobilier ou financer un projet est rendu très accessible, favorisant ainsi la consommation et l’investissement.

Cependant, cette politique a aussi des conséquences pour les épargnants : placer de l’argent rapporte peu, ce qui incite à rechercher des alternatives d’investissement plus risquées ou à privilégier la dépense. Par ailleurs, la force du franc suisse, considéré comme une monnaie refuge en période d’incertitude économique mondiale, exerce une pression sur les exportations suisses, rendant leurs produits plus chers à l’étranger. Pour limiter cette appréciation du franc, la BNS maintient des taux bas afin de décourager les flux spéculatifs et soutenir l’économie nationale.

Ainsi, dire que « l’argent ne coûte pas » en Suisse reflète une stratégie monétaire visant à équilibrer les effets d’une monnaie forte, en facilitant le crédit à coût réduit pour préserver la croissance économique tout en faisant face à des défis propres à ce contexte particulier.ore plus accessible et transparente pour vous.